Mais quelle honte !

Quel écrivain n’a pas été outré de voir la magnifique couverture de son livre, les couleurs à peine sèches, en téléchargement gratuit sur un site pirate ? Je vois de façon régulière un jeune auteur se mobiliser avec force et fracas, brandir l’épée du droit à la propriété intellectuelle, utiliser moult formules magiques à coups de menaces de poursuites juridiques, d’avocats fictifs, d’emails sulfureux.
Certes, cela ne fait pas plaisir, j’en conviens. Je me souviens encore de ma tête la première fois où j’ai vu mon roman ainsi bradé, offert aux mécréants sans valeur ni loi. Et s’ils étaient des centaines à l’avoir downloadé ? Dire que je n’en vendais que quelques-uns. Je comprenais mieux, j’étais un auteur génial, mais mes lecteurs étaient des margoulins !
Moi aussi j’ai voulu terrasser ces dragons, ces vampires suceurs de droits d’auteur, ces monstres souvent venus de pays lointains.

Trouver un interlocuteur

Alors, j’ai brandi ! Si, si, j’ai brandi comme un animal féroce… enfin, un peu, pendant un jour ou deux, ensuite je me suis fatigué. Ça fatigue de se battre contre des moulins à vent !
Deux longues journées.
Tout d’abord j’ai cherché un lien, un contact, quelqu’un à qui hurler mon désarroi, ma peine, ma colère. Eh bien oui quoi ! De quel droit offrirait-on mon roman, bichonné, lustré dans les moindres détails pendant des heures, des jours, des mois, des années ?
Alors, j’ai hurlé devant mon PC : « mon gaillard, tu ne me connais pas ! La fureur du dragon, c’est un ronronnement de chaton à côté de la rage qui gronde en moi ! »

Se battre contre le piratage

Le danger des sites de téléchargement

J’ai cliqué sur un lien, un joli, avec 10 000 titres en téléchargement, il y avait « mon genou à terre » tout beau. Mais il fallait choisir un serveur pour l’avoir. Je me suis dit : ils sont fortiches ces Russes, en plus y’a un mec qui te l’amène. Il y avait une dizaine de serveurs, j’ai pris le numéro un, ça semblait être le meilleur. Et là !!! On me demande une adresse email.
J’étais remonté comme un coucou suisse qui découvre le printemps, pas de souci, je vais mettre mon adresse, celle où il est écrit Wendall Utroi. Comme ça, ils vont comprendre tout de suite !
Puis, ma main a tremblé… et si ensuite je recevais des tonnes de messages dans ma boîte ?
OK, j’ai les boules, mais je ne suis pas fou !
J’ai fait un détour, par le site de la Poste. J’ai créé un compte chez eux, ça m’a pris un quart d’heure au bas mot. En plus, on me demandait mon adresse postale… sérieux, à la poste ils savent pourtant où j’habite ! Enfin !
Je m’en suis retourné chez le diable, et j’ai glissé mon email, un mot de passe, j’ai reçu une confirmation pour que je confirme que c’était bien moi. Logique. Et je suis entré dans l’antre du diable.
C’était la bibliothèque d’Ali baba… y’avait tous les livres de la BNF et encore plus. Heureusement qu’il y avait un outil pour chercher mon bouquin.
J’ai tapé avec frénésie sur mon clavier « Un genou à terre », ILS L’AVAIENT BIEN LES SALAUDS ! Un clic sur la couverture, une page s’ouvre, on peut même lire la quatrième.
Je me souviens, il était indiqué : débuter le chargement. Je l’avais déjà lu, mais j’ai appuyé quand même. Et, devinez quoi ? On me demandait d’entrer mes coordonnées de carte bancaire. Je ne paierai rien, mais c’était sans doute une sécurité… pour les nigauds.
J’ai pensé que les milliers de lecteurs pirates, avec leur bandeau sur l’œil et leur jambe de bois, devaient se rendre sur d’autres sites.
Du coup j’ai fouiné, gratté, fouillé. Je me suis inscrit à au moins cinq ou six. Mon détecteur de virus n’arrêtait pas de couiner, il se prenait pour un chanteur d’opéra s’égosillant sur Carmen « Prends garde à toi ! »…
Je suis tout de même parvenu à envoyer un mail à deux autres sites, j’avais affuté ma plume, elle tranchait comme une lame de rasoir. On ne m’a jamais répondu.

Mon énergie, c’est vital !

Le troisième jour, j’ai déposé les armes, j’ai pleuré d’avoir perdu mon temps. La poste a dû résilier mon compte, en trois jours j’avais reçu deux cents emails dont un grand nombre de phishing (amorçage pour les pigeons).
Puis j’ai repensé à tout cela… je me suis regardé dans le miroir et j’ai vu un type qui n’était pas parfait. Après tout, si un lecteur ne peut pas se permettre de payer 2,99 € (parfois même à 0,99 €) pour un de mes romans et qu’il le télécharge, ce n’est pas si grave. Et puis, peut-être, il aimera, il passera un bon moment. Il en parlera à son pote qui lui en discutera avec sa voisine. Avec un peu de chance, elle travaillerait chez un grand éditeur. Elle le choperait par la manche, le Monsieur Larousse ou madame Michel, et elle ne tarirait pas d’éloges sur mon bousin.
Enfin, étant donné le parcours du combattant ; ce lecteur qui s’aventure sur ces chemins sombres et pleins d’embuches, c’est sans doute un de mes meilleurs lecteurs. Il faut en avoir du courage et de la ténacité pour franchir tous ces obstacles. Sans doute que certains lisent et usent de stratagèmes pour éviter de payer. Je ne leur en veux pas, pas le moins du monde, et j’espère qu’ils passeront un bon moment. Depuis, j’en souris, et je garde mon temps et mon énergie pour écrire, lire et m’amuser.

Pour info, voici ce que donne une recherche sur le moteur le plus utilisé. Vous n’avez pas fini de vous battre !

téléchargement illégal

                                                                                                                                                                                                 Wendall UTROI.