Félicité

Elle avait huit ans, les cheveux roux, et la peau de nacre.
À sa vue, tous lâchaient des sourires extasiés.
Un matin d’avril, elle croisa du baron, le fiacre.
Il la questionna ; elle portait le doux nom de Félicité.

Il insista, et les mains jointes l’implora pour la déposer au puits,
Chaque matin, elle y tirait son lourd seau d’eau.
Sa mère malade ne vivait qu’en comptant sur son appui.
Grâce à l’enfant, elle soulageait un peu son fardeau.

L’homme de sang, par ses charmes se sentit envoûté,
Et depuis, chaque matin, le chemin de l’ange il croisa.
De mots officieux, en paroles veloutées,
La peine de l’enfant à la crinière de feu, il apaisa.

De ronds de jambe, en courbettes et révérences
Il parvint à annihiler toute forme de défiance.
Quand la belle aux cheveux flamboyants,
Un jour de besoin, accepta quelque argent.

Dans son château, à l’ombre des regards et des jugements,
Elle consentit à le suivre sans aucune crainte.
De la pucelle, il ne resta rien qu’un amusement.
L’ingrate s’indigna, lui ne comprit pas ses plaintes.

Au puits de ses peines, il la fit déposer ou même jeter,
Sans un adieu, ni le moindre début de remords
L’homme est ainsi fait, que rien ne déshonore,
Si d’un écu dépensé, d’une enfant, son âme il pense mériter.

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *